Le cas RER B

Le RER B m’a vue grandir. Petite, j’habitais à Sceaux, sur la station Bourg-la-Reine. Un peu plus tard, mon père travaillait à la station Courcelles-sur-Yvette. Une fois en études supérieures sur le plateau de Saclay, alors que je descendais à Massy-Palaiseau pour accéder à mon campus, mes parents ont déménagé à Villepinte, ville à laquelle on accède par la station Sevran-Beaudottes.


Durant mon année d’étude à Saclay, j’ai donc eu maintes fois l’opportunité de faire l’expérience du dit « voyage social » qu’offre le RER B, partant de Massy-Palaiseau pour aller à Sevran, en passant par Saint-Michel Notre Dame, Luxembourg, et Aulnay-Sous-Bois.

Le RER B relie les deux lieux d’Île-de-France les plus opposés socialement : le sixième arrondissement de Paris et les endroits les plus défavorisés de Seine-Saint-Denis. Voyager dans le RER B, c’est observer un changement de population, et finalement voir de la manière la plus évidente possible les inégalités sociales en Île-de-France. 



Sans oublier que le RER B fait le lien entre l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, l’aéroport d’Orly et le centre de Paris. Chaque jour, c’est par le RER B que le pays le plus touristique du monde voit ses visiteurs arriver.

Pas étonnant donc, que le RER B ait fait l’objet de nombreux podcasts, de livres, et même de films documentaires.


Un peu d’histoire

Le RER B est né de la ligne de Sceaux, une ligne qui faisait le lien entre la banlieue Sud de Paris et la station Denfert-Rochereau.

En écoutant Vie et mort le long du RER B, un épisode du podcast Périphéries de Edouard Zambeaux, on peut déceler le choc des civilisations qui a lieu dans ce train. Le professeur de géographie de la santé Emmanuel Vigneron précise que l’on perd six ans d’espérance de vie entre Luxembourg et La Courneuve, soit en vingt minutes de trajet dans le B.

Le nombre de médecins spécialistes libéraux pour 10 000 habitants est l’élément causal le plus frappant de cette hausse de la mortalité en quelques stations. Les sixième et cinquième arrondissements de Paris sont les lieux les plus riches d’Île-de-France. Ils profitent d’un nombre de médecin spécialistes libéraux (type gastrologue, rhumatologue…) de 70 pour 10 000 habitants, quand les habitants de le Courneuve sont à un nombre de 1,6 pour 10 000 habitants, soit cinquante fois moins.

Dans son livre Les passagers du Roissy Express sorti en 1989, l’écrivain français François Maspero s’adonne à un voyage le long du RER B. Chaque jour, accompagné de la photographe Anaïk Frantz, il dort dans une nouvelle ville desservie par le RER B. Le voyage dure un mois. Pour les cinquante ans du RER B, France Culture dans La Série Documentaire se propose de refaire ce voyage trente ans plus tard.

Dès le début, on est frappé par la diversité au sein du B : à Roissy, les touristes côtoient les populations ouvrières.

Contrairement à ce que l’on aurait pu espérer avec la création de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, l’emploi a progressé beaucoup plus lentement le long du RER B que dans le reste de l’Île-de-France. 


La plupart du temps, il ne permet pas à la Seine-Saint-Denis de trouver de l’emploi, mais davantage à d’autres habitants d’Île-de-France de s’y rendre pour travailler. Les inégalités y restent donc frappantes.

Le RER B est gangréné par la question des flux, avec un million de passagers par jour. C’est la colonne vertébrale de l’Île-de-France, qui relie et dessert tous ses habitants, sans malheureusement réduire le fossé social.

Mais grâce au B, les inégalités sociales en Île-de-France sont visibles. On ne peut les passer d’un revers de main. Le RER B est un lieu d’étude de la société francilienne, auquel il faudra toujours se référer pour observer la progression de l’emploi, des richesses, de l’accès au soin.


Pour en savoir plus, on recommande l’épisode de podcast « RER B, Voyage Social » de La Série Documentaire.